Le CERN doit publier ce mois-ci une étude de faisabilité du FCC, le futur collisionneur circulaire du CERN de 91 kms de diamètre entre Genève et la France.
L’association écologique Noé21 publie une étude de non faisabilité, basée sur l’avis d’experts suisse. Philippe de Rougemont, le président de Noé21, était invité de Béatrice Rul, à 7h30, sur Radio Lac. Au regard de votre étude de non faisabilité, il est clair qu’il faut renoncer au FCC…
“Oui c’est assez clair: on ne peut pas se permettre cet accélérateur. On ne peut pas se le permettre parce qu’il n’y a pas seulement une comptabilité qui est celle du prestige ou qui est celle de, on peut se le permettre en termes d’argent, il y a aussi d’autres comptabilités qui sont celles des émissions de gaz à effet de serre. Il y a quelques années, à la quasi unanimité, le Grand Conseil a voté l’urgence climatique. C’est-à-dire que l’on se rend compte de l’ampleur des dégâts du changement climatique et ceux à venir qui sont prévus et qui sont annoncés par la science. On décide, également, de mettre en œuvre les accords de Paris signés par la Confédération.
Sur ça vient ce projet du FCC qui a été imaginé en 2014, donc avant l’urgence climatique. On a cette sorte de collision entre un giga projet qui émettrait énormément de gaz à effet de serre, qui capterait énormément d’électricité dont on a besoin pour décarboner les chauffages et les voitures et les autres transports routiers, donc c’est une véritable collision, on ne peut pas se permettre cet objet, en tout cas pas pour les prochaines années à venir, on a d’autres priorités”.
“Le FCC consommerait autant qu’une ville de 700 000 habitants” Un projet qui constitue “une menace pour la transition énergétique, un encombrement aggravé du territoire en déblais de chantier et est l’objet d’une confiscation des droits démocratiques des personnes du territoire impacté”. C’est ce que vous listez dans votre étude…
” Quand vous donnez la liste comme ça, ça donne le vertige, on n’invente rien. Mais je reste effrayé comme la première fois il y a trois ans que j’ai entendu parler de ce projet. Le CERN est d’une telle transparence que c’est uniquement avec les chiffres fournis par le CERN, par les études du CERN sur ce projet, qu’on a basé notre étude d’une quarantaine de pages. On sait que le CERN fait des efforts, tous les secteurs en font, simplement quand vous voulez faire un effort d’écologie sur un projet qui à la base est d’une telle amplitude, qui consommerait autant qu’une ville de 700 000 habitants, et bien rendre ça plus écologique, c’est vraiment travailler à la marge, c’est vraiment une mission impossible. Il aurait fallu penser dès 2014 à créer un outil pour les chercheurs et les chercheuses en physique de demain qui respectent les limites planétaires, c’est ça qui n’a pas été fait, c’est ça qu’on reproche, et on pense qu’il est encore temps de renoncer! On aimerait que le CERN renonce à ce projet et travaille sur un outil qui respecte les limites planétaires”
100 millions ont déjà été investis, quelle collectivité, quel organisme peut s’asseoir sur 100 millions d’investissements ?
“Oui, mais faisons une petite comparaison: le budget annuel de la ville de Genève c’est 1,3 milliard, c’est la même chose que le CERN. 100 millions c’est ce que le conseil du CERN a autorisé, le CERN a dépensé pour les études de faisabilité qui aboutissent en 2025 cette année, donc oui ça voudrait dire renoncer à ces 100 millions, mais si on attend encore quelques années ça va être renoncé en termes de milliards, et donc ce qui est juste aujourd’hui ne va pas devenir faute demain, le projet là est encore une fois d’une telle ampleur qu’on ne peut pas juste désinventer qu’il va consommer 4 térawattheures par an, on ne peut pas le désinventer”
Ci-dessous le lien vers l’interview :