Dernièrement, les autorités chinoises ont décidé de geler leur projet de super-accélérateur de particules, un grand tunnel de 100 km imaginé comme concurrent au projet européen du Futur Collisionneur Circulaire (FCC). Cette décision, annoncée dans le cadre du prochain plan quinquennal chinois, signifie que le CEPC ne sera pas financé dans l’immédiat et laisse, de fait, le champ largement ouvert au projet porté par le CERN en Europe. BGR+1
De son côté, le CERN a réagi en se félicitant de cette situation : selon la direction de l’organisation européenne, ce report ou gel du projet chinois serait une “opportunité” qui permettrait à l’institution de conserver un prétendu leadership dans la recherche en physique des hautes énergies.
Pourtant, cette attitude pose question. Pendant longtemps, les promoteurs du FCC ont justifié la nécessité d’accélérer sa réalisation en affirmant que la Chine avançait “en parallèle” dans la course aux grands collisionneurs, et que l’Europe devait absolument garder sa place pour ne pas être dépassée. Aujourd’hui, avec l’abandon provisoire du projet chinois, cet argument n’a plus de sens — et il est troublant de voir le CERN s’en réjouir comme si cette situation légitimait d’elle-même la poursuite du FCC.
Ce constat n’est pas anecdotique : il met en lumière une certaine mauvaise foi institutionnelle et une rhétorique compétitive qui occulte des questions essentielles :
-Pourquoi proposer un projet colossal comme le FCC sans prendre en compte un débat démocratique réel sur son utilité, ses coûts, ses impacts territoriaux et environnementaux ?
-Comment légitimer la précipitation ou le “leadership” scientifique alors que des puissances majeures comme la Chine choisissent de revoir leurs priorités ?
-Est-il raisonnable de poursuivre un projet de plusieurs dizaines de milliards d’euros sans transparence ni consultation publique approfondie ?